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Dr Laurent Verzaux, radiologue et directeur général du groupe VIDI
VIDI : ambassadeur d’une radiologie libérale avant-gardiste

29 juin 2020

L’histoire de cette saga, commencé il y a seulement trois ans, était, dans un premier temps, de répondre à une forte attente des radiologues libéraux. L’objectif : construire un opérateur d’imagerie médicale performant pour favoriser une qualité de soins dans l’intérêt des patients.

Partis à 207 radiologues, ils sont aujourd’hui 850, regroupant 3 300 collaborateurs dans 46 centres d’imagerie, pour apporter une qualité de soins à plus de 5 millions de patients. Une croissance exponentielle pour VIDI réussie grâce à la gouvernance ambitieuse portée par trois médecins radiologues Alain Guillemot, le président, Robert Lavayssière et Laurent Verzaux, tous les deux directeurs généraux du groupe VIDI.

« Cette croissance était une étape nécessaire, confie Laurent Verzaux, car il faut une taille minimale pour permettre à la radiologie de s’organiser sur un territoire et de répondre à la permanence de soins grâce à l’offre en téléradiologie. C’est un enjeu majeur qui permet aux patients de bénéficier, quel que soit leur lieu de résidence, des meilleurs diagnostics et de la performance de la radiologie interventionnelle (cancer et endométriose en sont quelques exemples). L’innovation est aussi dans l’organisation »

« Mais qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, affirme Laurent Verzaux, VIDI n’a pas pour ambition de remplacer les syndicats, simplement de mettre en œuvre les politiques choisies. VIDI est un opérateur qui devient chaque jour plus puissant dans l’intérêt de la médecine libérale pour offrir une alternative à l’hospitalo-centrisme des GHT par exemple, et il est important que les médecins libéraux puissent développer des organisations comme celle-ci dans d’autres spécialités libérales. »

« Demain VIDI va investir d’autres champs de compétences pour aider les radiologues à être plus performants encore dans l’organisation territoriale. Le chantier de l’intelligence artificielle va s’ouvrir, aujourd’hui le modèle est en train de se chercher ; nous y réfléchissons et nous pensons qu’il faut établir un modèle pragmatique permettant une aide aux diagnostics aux examens de contrôle avec des mesures automatiques pour gagner du temps. Car le temps c’est la variable qu’il nous faut maîtriser pour rendre acceptable la permanence des soins par les acteurs de la radiologie ! »

« L’intelligence artificielle (au-delà d’une bonne coordination entre le premier et le second recours) c’est aussi le moyen de réussir enfin la pertinence pour éviter les examens inutiles dans l’intérêt des patients et des comptes publics de la Sécurité Sociale. VIDI y travaille. »

VIDI incite aussi le regroupement des radiologues libéraux, c’est la voie de passage pour être compétitif à l’avenir ; d’ailleurs il faut un cabinet de minimum 5 radiologues pour adhérer à VIDI, l’organisation est une des clés pour réussir.

« Ce que VIDI démontre, c’est que les syndicats de médecins libéraux ont besoin d’opérateurs pour mettre en œuvre les politiques négociées avec l’État ; les radiologues libéraux ont ouvert une brèche avec VIDI ; d’autres spécialités libérales doivent s’organiser ! »

Il y a ceux qui disent ; il a ceux qui font ; VIDI l’a fait, c’est donc possible pour les autres.

Dr David Soffer, psychiatre et pédopsychiatre à Marseille

15 juin 2020

David Soffer est psychiatre et pédopsychiatre à Marseille depuis bientôt 20 ans. Secrétaire général du Syndicat des Psychiatres Français, une verticalité adhérente aux Spécialistes CSMF, il travaille en cabinet et dirige une structure associative, à temps partiel, en charge de prévention du suicide des adolescents.

Aujourd’hui sa spécialité est en crise.

Sa volonté de psychiatre est « la valorisation générale de notre spécialité. Elle est en crise car très peu choisie par les internes. Cela a toujours été le cas, mais ces dernières années cela empire. Si vous regardez les résultats de l’année dernière (ceux de cette année ne sont pas encore disponibles) vous constaterez qu’ils sont éloquents !

C’est la spécialité qui a le plus de postes non pourvus au concours d’internat. Notre spécialité n’attire pas et c’est un grand sujet de préoccupation. Pourtant elle est indispensable. C’est une spécialité très ancienne, qui a une nécessité sociale et qui est une priorité en termes de santé publique. C’est incroyable qu’elle soit si peu choisie. »

Le Dr Soffer attribue ce manque d’attractivité, que ce soit dans le public comme dans le privé, à une crise profonde de l’exercice avec de multiples facteurs déclencheurs.

« En ville le défaut d’attractivité est, pour moi, lié au fait que la psychiatrie est une spécialité clinique qui est peu rémunératrice en secteur 1. Si vous regardez les données de la CNAM vous découvrirez que c’est la spécialité dont le revenu moyen est le plus faible. Il est inférieur à celui des médecins généralistes.

Il y a deux indicateurs très révélateurs : le nombre de jeunes psychiatres qui passent en secteur 2 et le dépassement important toujours en secteur 2. C’est deux facteurs viennent rendre compte du besoin de réajuster la rémunération par rapport aux autres spécialités. Mais le manque d’attractivité est aussi lié à la pression sociale.

La profession a beaucoup de mal à faire entendre que ses patients ne sont pas « des fous dangereux » mais qu’ils sont fragiles, vulnérables, qu’il faut les protéger et pas les emprisonner. Il y a eu une forme d’instrumentalisation des pouvoirs publics, à une époque, qui a beaucoup nui à la profession. »

Que dire de la transformation de l’offre de soins qui est en train de s’opérer aujourd’hui ?

« Les psychiatres doivent trouver leur place dans les futures organisations. Avec le Syndicat des Psychiatres Français nous militons pour que les psychiatres s’approprient cette transformation et qu’ils aient une meilleure connaissance des PTSM (Projet Territorial de Santé Mentale).

Notre souhait, en tant que psychiatres libéraux, est que les ARS s’engagent à faire des modifications pour que le psychiatre soit à l’interface des relations entre le médecin généraliste et l’hospitalisation (dans le public comme dans le privé) : au cœur de la prise en charge.

Cette évolution s’imposera à tous, mais il faut que les psychiatres se l’approprient et non qu’ils la subissent. Il y a une dimension importante autour de la qualité des soins, de l’expertise et il faut continuer à cultiver et valoriser cette spécialité.

Et il faut se rendre compte que la pratique de ville va être transformée par les organisations sur les territoires, en particulier dans les futurs CPTS, donc il faut que les psychiatres s’y intéressent, qu’ils trouvent leur place et qu’ils aient un rôle d’expert et de coordinateur de l’organisation des soins psychiatriques.

A propos du métier de psychiatre

« Il ne faut pas oublier que nous sommes des médecins de second recours. Mais le rôle du psychiatre est aussi à l’interface des différents acteurs dans le parcours de soins. Ce qui n’est pas très connu et encore moins reconnu. Et dans le modèle qui se dessine pour la psychothérapie, c’est le médecin généraliste qui adressera un patient à un psychologue (à noter qu’un psychiatre le pourra aussi).

Mais il ne faut pas oublier qu’à un moment le psychiatre devra être dans le parcours de soins car les psychologues n’ont pas une approche aussi complète que peut l’avoir un psychiatre, en tous les cas au niveau du diagnostic. »

Que diriez-vous aux internes pour les inciter à choisir votre spécialité ?

« Je leur dirai que c’est une spécialité passionnante, qui ne se concentre pas exclusivement sur la psyché et qu’elle permet de constamment repenser l’exercice de la médecine.

C’est une spécialité qui bénéficie de programmes extrêmement innovants et d’une recherche très stimulante.

Elle permet d’exercer la médecine, car contrairement à ce que l’on peut penser la psychiatrie est bien une spécialité médicale.

Elle doit être rendu beaucoup plus attractive dans les futures organisations, le Syndicat des Psychiatres Français œuvre pour ça et espère qu’elle va retrouver l’attractivité qu’elle mérite.

Parce qu’il y a des besoins et que c’est une spécialité nécessaire à la société. Il y a une réelle crise d’attractivité et tout le monde doit la résoudre, y compris les pouvoirs publics en donnant une place aux psychiatres dans les organisations sanitaires et une rémunération digne de ce nom aux psychiatres libéraux.

Il faut que tout le monde œuvre dans le même sens. »