Édito du président


Le gouvernement doit écouter les spécialistes libéraux.

21 novembre 2022

La médecine libérale traverse une zone de turbulence avec la nécessité de favoriser l’accès aux soins de nos concitoyens d’une part et la nécessaire reconnaissance de l’expertise médicale avec une hiérarchisation et une valorisation des actes.

Deux échéances à venir sont décisives pour permettre à notre système de santé de ne pas risquer un décrochage brutal qui généralement abouti à un crash :  le vote du PLFSS et le début des négociations conventionnelles.

Le PLFSS est relié à la négociation conventionnelle par l’ONDAM qui a été fixé à 3,7% mais à 4,1% pour l’hôpital et seulement 2,9% pour la ville (pas seulement la médecine mais pour l’ensemble des professionnels de santé libéraux). Après le Ségur de la santé uniquement tourné vers l’hôpital c’est maintenant l’ONDAM qui défavorise de façon incompréhensible la médecine de ville.

Il faut rappeler que l’inflation est d’octobre 2021 à octobre 2022 de 6,2% que nos cabinets libéraux sont impactés directement par ces hausses (personnel, énergie, fournitures, etc…).

Nos gouvernants ont choisi de continuer à appauvrir le système de santé avec un ONDAM qui pendant dix ans (hors période Covid-19) était 2% en dessous de l’évolution naturelle des dépenses de santé (à cause du vieillissement de la population et de la durée des pathologies chroniques) selon un rapport du Sénat en 2019). On a donc appauvri le système de santé de plusieurs dizaines de milliards d’euros.

On continue avec un ONDAM  qui se situe 3 points en-dessous de l’inflation. Il faut noter que dans le cadre de l’examen du PLF cet ONDAM a été rejeté par l’Assemblée Nationale (190 voix contre et 188 pour) et qu’il a été rejeté par le Sénat. Nos élus des deux chambres n’ont pas validé ce choix de restriction budgétaire.

« Errare humanum est, perseverare diabolicum est ».

Nos gouvernants doivent prendre conscience que l’accès aux soins est difficile et que notre système de santé hospitalier et libéral a été fragilisé et appauvri par ces années d’errement parce qu’on en a fait une variable d’ajustement des comptes publics (sans réformer la dépense publique).

La colère gronde et s’incarne dans les différents mouvements de protestation qui se développent chez les médecins libéraux. Vendredi de la colère, Médecins de demain, mouvements des étudiants et des internes,  ces différents mouvements traduisent l’exaspération de ne pas être entendus depuis des années.

Le Président de la République et le gouvernement doivent écouter les demandes de la médecine de proximité.

Il faut changer de paradigme. Maintenant il faut investir dans la médecine libérale en répondant à ses attentes dans le cadre d’une convention qui sera décisive. Les médecins libéraux  assurent 80% des consultations, 75% des actes ambulatoires et plus de la moitié des actes de chirurgie. Ils ont démontré pendant la crise du Covid-19 leur capacité d’adaptation. 

Les Spécialistes CSMF ont fait des propositions pour favoriser l’accès aux soins qui ont été présentées dernièrement à la presse :

-hiérarchisation et valorisation des consultations pour reconnaître l’expertise médicale avec un acte de référence pour les spécialités à 60€ qui ira de pair avec une file active (nombre de patients différents) augmentée.

-déploiement rapide des ESS pour favoriser la prise en charge des soins non programmés et la coordination dans les spécialités dans un territoire

-encourager la délégation de tâche de façon coordonnée autour du médecin.

Il est plus que temps de répondre aux attentes des spécialistes libéraux. Notre Ministre de la Prévention et de la Santé nous disait en septembre dernier que l’accès aux soins se ferait avec la médecine libérale ou ne se ferait pas.

Nous sommes prêts : c’est au gouvernement de montrer sa volonté de répondre aux attentes de nos concitoyens.

Dr Bruno Perrouty
Président Les Spécialistes CSMF