Édito du président


15 juin 2022

La crise sanitaire liée au virus Covid-19 rentre dans une période d’accalmie et voici que surgit une grave crise structurelle du système de santé que les professionnels de santé ont vu venir depuis de nombreuses années mais sans être entendus lorsqu’ils demandaient une refondation de ce système.

Actuellement l’accès aux soins n’est pas assuré pour tous nos concitoyens. Des services d’urgence ferment plus ou moins complètement par manque de soignants, des lits d’hospitalisation sont fermés faute de personnel pour les faire fonctionner avec des reports de soins et un grand nombre de patients n’ont pas de médecin traitant avec des difficultés de prise en charge pour les soins non programmés.

Le constat est difficile mais il faut être lucide. Il y a d’abord une première période critique avec les deux mois d’été et les nombreux congés aggravant la pénurie de personnel.

Les représentants de la CSMF ont participé à une réunion de réflexion avec le Dr François Braun et nous avons proposé avec les autres syndicats présents des solutions qui ne règlent pas le fond du problème mais pourront permettre d’alléger la tension aux urgences ( responsabiliser les patients, réguler en amont l’accès aux urgences, permettre au SAS de fonctionner aux conditions des expérimentations qui étaient fonctionnelles, favoriser les téléconsultations y compris par téléphone avec des mesures dérogatoires qu’il faudra peut-être passer dans le droit commun). Il faut aussi favoriser les téléconsultations assistées en EHPAD et faciliter des hospitalisations directes en service pour éviter des passages inutiles par les services d’urgence.

Pour les spécialités autres que la médecine générale les Spécialistes CSMF demandent d’étendre la majoration d’urgence à cinq jours et à certains actes techniques et de permettre une association d’actes de consultation avec certains actes techniques pour éviter de faire revenir le patient.

Ces demandes nous les avons portées auprès de Madame la ministre de la santé et de la prévention et auprès du conseiller santé de Madame la première ministre. Nous avons été écoutés. Il faut que nous soyons entendus.

La deuxième phase sera la reconstruction de notre système de santé dans lequel il faut investir massivement non pas parce que les dépenses règlent tous les problèmes mais parce que depuis plus de vingt ans le budget de la santé est une variable d’ajustement des comptes publics ce qui a progressivement appauvri le système de santé.

La prochaine convention doit donner les moyens à la médecine libérale de faire face à la demande de soins avec une hiérarchisation et une valorisation des consultations reconnaissant l’expertise du médecin pour le diagnostic et le protocole de soins et en facilitant une délégation de tâche coordonnée.

Il faut également donner les moyens de la coordination territoriale des spécialistes de proximité en favorisant rapidement la mise en place des Equipes de Soins Spécialisés (ESS) que les Spécialistes CSMF portent depuis deux ans mais qui rencontrent des freins administratifs alors que leur mission est de faciliter l’accès aux soins non programmés et la coordination territoriale d’une ou de spécialités.

On ne peut plus attendre. Il faut avec une unité syndicale retrouvée faciliter rapidement la mise en place des mesures incitatives et facilitatrices et préparer une convention ambitieuse pour remobiliser les spécialités médicales, reconnaitre la place incontournable des spécialiste libéraux dans la médecine de ville et ainsi permettre un accès aux soins de nos concitoyens.

Dr Bruno Perrouty
Président Les Spécialistes CSMF