Interview


Anne Bellut, dermatologue, tête de liste CSMF chez les spécialistes, région Grand Est

4 février 2021

Très active dans la région Grand Est, Anne Bellut exerce la dermatologie en Lorraine. Son parcours et ses engagements traduisent les valeurs qu’elle défend, celle d’une médecine libérale indépendante et entreprenante.

Votre parcours professionnel en quelques mots ?

« Diplômée en 1992 et thésée en 1993, je me suis installée en 1994 à Neuves-Maisons, une commune de Lorraine au sein d’un bassin de population d’environ 25 000 habitants, à proximité d’un CHU. J’avais, au cours de mon internat et dans l’année qui a suivi, effectué de nombreux remplacements qui m’ont permis de voir quel type d’exercice me convenait le mieux. Après une petite étude de marché j’ai ouvert mon cabinet seule, comme cela se faisait majoritairement à l’époque. Avec mon mari, nous avions déjà trois enfants, et il ne fallait pas perdre de temps, car il y avait un impératif économique ! Le libéral s’est imposé, pour la liberté et l’indépendance qu’il offrait, mais aussi parce que les postes hospitaliers étaient comptés. En presque trente ans, j’ai pu construire une relation durable avec ma patientèle, leur rendre un service précieux, alors que la démographie en dermatologie est clairement sinistrée sur notre territoire : Des patients viennent des Vosges et, maintenant de Moselle pour consulter. »
Pourquoi ce choix de carrière ?
« Mon choix a été guidé par les expériences que j’ai eu lors de mes remplacements, et par le désir de créer mon activité. Je suis installée seule, mais je ne suis pas solitaire pour autant. Au bout de quatre années d’installation, j’ai ressenti le besoin de « sortir » de mon cabinet. Je me suis investie dans la formation, devenant secrétaire puis présidente de l’Association Lorraine Post-Universitaire de Dermatologie. Je me suis également impliquée dans le mouvement syndical. L’exercice en groupe n’est pas le seul moyen d’éviter l’isolement : on peut aussi se bâtir un réseau professionnel et amical avec les confrères. »
Suis-je satisfaite de mon parcours ?
« Sans aucun doute, et notamment parce que l’exercice libéral offre la possibilité d’être réellement utile aux patients et d’exercer une médecine de qualité. En libéral, on exerce une médecine personnalisée, on bâtit un lien, on rend un service et les patients nous le rendent bien. J’ai pu également construire une relation forte avec mes confrères, notamment les médecins généralistes de mon secteur. Face au risque de routine du cabinet, il faut sortir de sa zone de confort, se former et s’investir dans la défense et l’évolution de la profession. Mon parcours me satisfait aussi parce qu’il n’est pas limité à la pratique exclusive du soin ! »

Votre engagement syndical : pourquoi, comment ?

« Il m’a semblé naturel, en début de carrière, d’adhérer à ma verticalité et à un syndicat horizontal (la CSMF !), la défense de notre métier et de notre exercice me paraissant essentielle. Pendant quelques années j’ai abandonné le syndicat horizontal, n’en percevant plus l’intérêt, et ce sont les coordinations et l’intervention de Michel Chassang en 2001, dans notre région, qui m’a convaincue de la nécessité d’une adhésion et d’un engagement. J’ai alors rencontré des médecins ayant un engagement syndical fort comme Alain Prochasson et Rémi Unvois, et surtout Jean-Luc Jurin, défenseur sans concession de l’exercice libéral et avec qui j’ai travaillée avec lui sur le concept de l’entreprise médicale. »
Pourquoi la CSMF ?
« Parce que la médecine libérale doit être unie face à l’adversité et que c’est le seul syndicat capable de représenter toutes les facettes de notre métier. »

Pourquoi aller voter aux URPS ?

« Les médecins ont la chance, grâce à ce scrutin, de pouvoir s’exprimer tous les cinq ans de façon directe, pour défendre une vision partagée de leur exercice. Ce serait dommage de ne pas saisir une telle occasion ! Parce que les URPS se sont installées de façon crédible dans le paysage régional, au moment où les enjeux territoriaux n’ont jamais été aussi déterminants pour l’avenir du système de santé. Parce que l’URPS constitue la structure régionale de représentation libérale ayant légitimité à discuter avec l’ARS. »

Quels sont les défis à relever dans le Grand Est ?
« Les déserts médicaux progressent d’année en année, avec des territoires de plus en plus exposés aux difficultés d’accès aux soins pour les patients, particulièrement en ce qui concerne la médecine spécialisée. Il est essentiel de donner les moyens à l’URPS de peser dans les décisions et de rééquilibrer le rapport de force avec l’hôpital. La médecine hospitalière n’est pas en mesure de répondre à la hausse de la demande de soins, et ce ne sont pas les consultations avancées hospitalières qui pourront efficacement lutter contre l’avancée des déserts médicaux ! La vague épidémique a été un révélateur et a montré à quel point il est nécessaire de réirriguer les territoires en offre de soins de proximité. »

Quel bilan de la mandature qui s’achève ?
« L’URPS ML Grand Est, en étroite collaboration avec l’URPS pharmaciens, a démontré sa capacité à contribuer à la lutte contre le Covid-19, en créant des solutions innovantes, comme Distrimasques et bientôt, nous l’espérons DistrivAc. Durant la première vague, j’ai été à l’initiative d’un outil proposant aux praticiens de s’inscrire sur une liste indiquant leurs disponibilités en termes de consultation et de prise en charge spécialisée, à l’usage de tous et particulièrement des confrères généralistes. Durant la mandature, je me suis également investie dans la promotion des stages d’internat en libéral, incitant et aidant mes confères à devenir maitres de stage. C’est l’une des solutions majeures pour restaurer l’attractivité de notre exercice auprès des jeunes et de recréer du lien avec la médecine hospitalière. »

Un vœu, un souhait pour la médecine libérale en 2025 ?

« Je rêve que nous puissions consolider la place de la médecine libérale, qu’elle soit forte, simple d’accès et d’usage, reconnue par les tutelles, mieux organisée et plus visible pour la population. Je souhaite également que l’exercice libéral puisse être mieux valorisé et plus évolutif. »