Archives Santé en région


Région PACA

29 juin 2020

Une équipe de soins spécialisés pour une meilleure coordination.

Rencontre avec le Dr Bruno Perrouty, neurologue depuis 30 ans, installé à Carpentras dans un cabinet de groupe avec deux autres neurologues, depuis 20 ans. Le Dr Perrouty est également président du Syndicat National des Neurologues.

Son mot d’ordre est « la coordination ». Il pratique déjà la délégation des tâches avec une infirmière spécialisée.

« La neurologie est une spécialité confrontée à beaucoup de pathologies différentes. C’est une spécialité très clinique et médico-technique (avec les actes complémentaires). Les neurologues doivent gérer des pathologies d’urgence (accidents vasculaires cérébraux, crises d’épilepsie, etc.) mais également des pathologies chroniques (maladie de Parkinson, épilepsie, sclérose en plaques, Alzheimer, etc.). Ces pathologies chroniques nécessitent bien évidemment un suivi mais un suivi avec un réseau de soins car dans un certain nombre de cas nous avons besoins d’avis d’experts.

Dans notre région il y a déjà des réseaux d’experts, pour la maladie de Parkinson ou l’épilepsie par exemple. Mais ces réseaux sont plus ou moins formalisés. Aussi notre volonté est d’essayer à la fois de mieux organiser le fonctionnement avec les médecins traitants et les centres experts mais surtout d’avoir une coordination plus efficiente parce que l’on s’aperçoit que l’on n’arrive pas à répondre rapidement aux demandes des médecins généralistes, qui sont gênés dans leur activité car ils ont dû mal à nous joindre. Donc le fonctionnement doit être amélioré pour le bien des patients avec des prises en charge plus rapide dans nos cabinets mais aussi les centres experts.

La particularité dans notre organisation locale est que l’on est en ville mais aussi à l’hôpital. Avec mes associés nous faisons tous les 3 des vacations dans les hôpitaux de notre secteur. Cela nous a permis de mettre en place des protocoles de prises en charge, ainsi un patient sera orienté vers l’hôpital d’Avignon pour certaines pathologies ou suivis, ou Orange, Carpentras, Marseille, etc. Ce lien ville-hôpital est pour nous très important et il doit être mis en avant. On est complémentaire, on n’est pas en opposition !

Aussi pour développer cette coordination et conformément aux possibilités données par la loi Ma Santé 2022, nous avons imaginé une Équipe de soins spécialisés pour répondre à l’amélioration de la coordination des soins et permettre au médecin traitant de nous joindre rapidement à tout moment, pour avoir une consultation non programmée dans les 48h ou une téléexpertise pour les consultations faciles. Ce serait rendu possible avec l’aide d’une coordinatrice joignable directement par le médecin généraliste, qui pourrait également répondre directement à certaines questions, prendre des rdv en imagerie en urgence, contacter le service de neurologie d’Avignon, les centres experts de Marseille, Montpellier pour avoir rapidement un avis d’expertise, etc.

Cette Équipe de soins spécialisés s’inscrit d’emblée dans une coopération et une coordination avec la CPTS de Carpentras. Elle aurait aussi vocation à se coordonner avec d’autres CPTS, à mettre en place des formations (pour les paramédicaux par exemple), à élaborer des protocoles, à répondre à des centres neurologiques, à initier des réunions pour échanger et améliorer les pratiques en adhérant à la pertinence de la qualité des soins. L’objectif est d’agir sur tout le territoire du Vaucluse et un peu au-delà en collaborant avec les autres CPTS, pour une meilleure prise en charge des patients.

Nous sommes prêts à démarrer ! Notre problématique : l’attente d’une réponse de l’ARS, le dossier a également été transmis à l’URPS. »

Ce projet a été initié il y a un peu plus d’un an, il a été affiné petit à petit. Il a été envoyé à différences instances concernées, dont la CPAM du Vaucluse. Le Dr Perrouty est un peu dubitatif sur la réactivité de l’ARS. Ce n’est pas le premier projet qu’il présente. Il y a deux ans, un autre projet de coordination a été envoyé à l’ARS. Celui-ci concerne les troubles de l’apprentissage chez l’enfant. Il a été monté avec des médecins généralistes, car ces troubles sont importants. Il devient urgent de pouvoir faire quelque chose pour les aider. Mais à ce jour aucune réaction de l’ARS.

« Pas de réponse ou des réponses floues… Pour l’Équipe de soins spécialisés un premier retour a été « on ne connait pas » ! Ce projet rentre tout à fait dans les budgets alloués en faveur de la coordination, il y fait état des soins non programmés, de télémédecine, de pertinence des soins mais nous sommes toujours en attente…

Dans la région nous avons, pour les libéraux, plusieurs réseaux mais ils fonctionnent de manière non reconnue. Lorsque nous avons des visio-conférences avec la Timone, par exemple, pour échanger sur des patients atteints de SEP, nous n’avons pas de cotation, pas d’aide particulière. Nous faisons partie de réseaux et l’ARS ne réalise absolument pas le travail et la coordination qui sont fait dans le cadre de la pertinence des soins des patients.

Cette Équipe de soins spécialisés permettrait de rendre visible ce que l’on fait dans l’ombre. Avec des moyens supplémentaires nous pourrions encore améliorer cette coordination des soins.

Il faudrait que l’on puisse démarrer et ainsi démontrer que cela fonctionne et facilite le parcours de soins des patients et la coordination entre médecins. Mais sans l’accompagnement de l’ARS , rien n’est possible. »

Région Île de France

15 juin 2020

La mortalité par arrêt cardiaque a augmenté pendant le confinement dans la Région Parisienne :
Pouvions-nous la prévenir ?

Le confinement a été souvent mal compris par nos patients chroniques ne consultant pas de peur de contracter la COVID-19, notamment chez les patients cardiaques où l’on sait que la mortalité par infarctus du myocarde est de 150 000 par an soit 400 décès par jour.

Nous redoutions une aggravation des pathologies chroniques vers un stade aigu et c’est malheureusement la constatation qui vient d’être soulignée à la faveur d’une publication du Lancet du 28 mai 2020 rapportée par une équipe parisienne.

Celle-ci a enregistré pendant la période de confinement, un doublement des arrêts cardiaques extra-hospitaliers en Région Parisienne.

En effet, pendant les 6 premières semaines du confinement, il a été noté 26.6 arrêts cardiaques par semaine pour un million d’habitants, confrontés au 13.4 arrêts cardiaques pour un million d’habitants l’année précédente, constatant que ce chiffre avait en effet presque doublé.

Cette augmentation a été également constatée sur le nombre d’arrêts cardiaques à la maison qui est de 90.2% rapporté à celui de l’année précédente qui est de 76.8% ; par ailleurs les délais d’intervention étaient allongés.

A l’admission à l’hôpital, 12.8% des patients identifiés étaient vivants contre 22.8% à la même période des années précédentes, avec une diminution de survie à l’admission de 64%.

Comment peut-on expliquer ce phénomène ?

Les hypothèses sont nombreuses, à savoir un suivi moins régulier de personnes cardiaques et/ou présentant des facteurs de risque, une saturation de la médecine de ville et des services hospitaliers, un changement de comportement de certaines personnes pendant cette épreuve de confinement avec la crainte bien entendu d’être hospitalisé dans le contexte de la COVID.

En interrogeant les comportements des témoins, ceux-ci étaient moins enclins à pratiquer une réanimation cardio-pulmonaire par rapport aux années précédentes.

L’hypothèse étant, bien entendu,  la peur d’être exposé au COVID-19.

Que faut-il en retenir ?

  • Nous avions alerté nos patients chroniques afin qu’ils viennent consulter en cas de signes anormaux en garantissant la sécurité des cabinets par les mesures barrières, par l’intermédaire d’appels téléphoniques mais aussi de recommandations diffusées par le Conseil National Professionnel Cardiovasculaire.
  • Nous allons continuer à informer le grand public sur les 3 gestes qui sauvent, à savoir en premier lieu l’appel du 15, secondairement le massage cardiaque et enfin, l’utilisation du défibrillateur automatique externe.
  • Nous allons réitérer ces messages afin de ne pas fragiliser nos patients chroniques notamment en cas de deuxième vague de COVID.